UN MOIS APRÈS |
Pas de pleurs, pas de larmes. Mais une grande banderole et un silence de plomb. La marche silencieuse en hommage à Johnny Salmont, mort il y a un mois lors d'une altercation, a réuni, hier en début d'après-midi, une cinquantaine de personnes.
PAR CÉLINE WLODARSKI
bethune@info-artois.fr Il porte une pancarte à bout de bras. Sur celle-ci, une photo de Johnny. « Vous voyez ?, lance-t-il en la brandissant.
J'aimerais prendre un verre avec ce gars-là. » La voix est embuée. C'est celle du père du meilleur ami. « Mon fils est encore sous le choc, vous savez. Il a tenté d'aider Johnny quand il s'est écroulé. Il pense que c'est sa faute. Moi je pense surtout que l'"autre" n'avait aucune raison d'avoir un couteau sur lui. C'est tout. Avant, on se battait au poing. Ok. Maintenant avec des couteaux ? Mais où va-t-on ?
» La maman de la victime renchérira doucement. Son fils Johnny est décédé, « sans raison », le 30 avril, au marais d'Annezin. Il avait alors reçu un coup de couteau en plein coeur, blessure à l'origine du décès. Soutenue par sa fille Jessica, elle tient à éclaircir quelques points : « Après les faits, on a dit qu'il y avait eu d'abord une bagarre. Mais non, il y a eu juste des regards et des insultes, puis ce coup de couteau... » Partie du marais d'Annezin, la marche s'est poursuivie en direction du cimetière communal. Dans la foule, on vante un Johnny « toujours joyeux », « toujours gentil », bref un Johnny « sans histoires ». Et qui n'avait que 18 ans. « Il souffrait d'un handicap mais c'était un grand dégourdi. On l'appréciait tous. » De la tristesse, oui. De la colère également. Et de la rancune, malheureusement aussi. « C'est tout sauf un accident, alors comment pourrait-on pardonner ? », insiste Jessica, qui encaisse le coup comme elle peut. D'apparence, plutôt bien, mais au fond, « on n'a pas encore réalisé ce qui vient de se passer. » Et surtout, on ne montre pas son chagrin.
« Pour un regard échangé, vous vous rendez compte ? », lâche un oncle de la jeune victime. Un leitmotiv au cours de cet hommage.
La famille compte organiser une autre marche dans un an et suivre, dans un avenir plus proche, le dossier d'instruction. « Il est hors de question que le meurtrier s'en sorte avec une peine minimale, de même que ses deux complices », martèlera Jessica une dernière fois, avant de regagner le domicile familial, à deux pas du marais. « Mon frère allait tous les jours au marais, avec ses copains. Aucun d'eux n'arrive à y retourner. Quelque chose a définitivement changé. Et pourquoi ? » •